Tout va être possible.

7 mai 2010 Commentaires fermés sur Tout va être possible.

Ce matin-là au lever du lit, je me dirige vers le balcon et m’élève de quelques centimètres au-dessus du sol. La journée va être belle, je m’étire de tout mon long en flottant paisiblement. La fenêtre s’entre-ouvre et mon corps bascule par-dessus la balustrade. Les toits de Paris s’offrent alors à moi dans toute la clarté d’un ciel bleu et dégagé. Mes habits de la nuit me quittent et ceux du jour les relayent, mes cheveux se structurent et mes chaussures se lacent. Je poursuis mon ascension le torse bombé, j’inspire à plein poumon l’air frais de ce mois de mai.

Enfin prêt ! J’entame ma descente vers la station de métro puis atterris avec une étrange légèreté… ‘Ma mallette !’.
‘Je l’ai’, me sourit-elle en me prenant par la main. Je ne connais cette femme ni d’Ève ni d’Adam, pourtant nous nous engageons ensemble dans la bouche de métro en échangeant regards complices et amoureux. Je l’embrasse avant de prendre la direction opposée mais ne peux détacher mes yeux ni de ses longues jambes hâlées ni de sa nuque sous ses cheveux relevés. La reverrais-je ?

Toutes les portes de la rame s’ouvrent simultanément, il en descend une marée humaine qui envahit le quai. Dans une parfaite synchronie, elle entame une danse effrénée sur le rythme de ‘Hung Up’ de Madonna donné par les haut-parleurs de la RATP ! En première ligne, je fait tombé la veste et reprend la chorégraphie du cuisinier asiatique de la seconde minute du clip avec une précision et une fluidité inattendue. Les voyageurs s’élancent des barres du métro jusque sur la plate-forme, d’autres sur le toit des wagons enchaînent contorsions et sauts des plus acrobatiques. Les colleurs d’affiches en bleu de travail entrent dans une rythmique endiablée du haut de leur échelle et les contrôleurs abandonnent la casquette et s’adonnent à un fougueux strip-tease !

Le rythme soudain freine et tous les corps se meuvent dans un ralenti rajoutant à la jouissance de la scène qui tourne à l’orgie. C’est toute la station qui vibre alors dans une atmosphère sensuelle des plus torrides. Et comme pour éteindre l’incendie qui couve, les détecteurs de fumée s’enclenchent et c’est sous une pluie battante que tout le monde reprend sur un nouvel élan les pas du refrain !

Les portes du métro sonnent… Je m’y retrouve sec et à nouveau en tenue sur une banquette. ‘Ma malette !’.
‘C’est moi qui l’ai’, me dit une petite fille en me tendant le porte-document .
Elle retourne aussitôt s’asseoir en face de moi esquissant un sourire des plus fiers. C’est là qu’une charmante demoiselle à mes côtés me glisse délicatement un écouteur dans mon oreille… ‘Toi mon Amour’ de Marc Lavoine. Elle pose sa tête sur mon épaule et nous passons le reste du trajet à regarder droit devant nous cette petite fille qui lui ressemble… qui nous ressemble !

A la sortie du métro, je traverse Trafalgar Square et croise un groupe de businessmen anglais chahuteur. Un homme plus en retrait, particulièrement bien habillé retient mon attention. Il porte à son tour ses yeux sur moi et s’arrête net. Sans un mot l’on s’échange trench et caban. ‘Good luck !’, me lancera-t-il avant de rejoindre sa bande en courant. Mon nouveau manteau dans le vent, je m’élève pour atteindre la fenêtre du dernier étage de mon appartement à Upper East Side. Je m’installe sur la terrasse pour assister à la tombée de la nuit sur Manhattan. Ça commence…

On peut entendre au loin les réservoirs d’eau en bois éclater les uns après les autres sur le toit des anciens entrepôts en briques de TriBeCa. Des cascades intarissables se déversent dans les grandes avenues amenant une étonnante profusion végétale. L’Empire State Building délaisse sa flèche en métal blanc pour un pic rocheux balayé par les vents. Quant au Plaza Hotel voisin, il amorce sa métamorphose en somptueux château dont les donjons se dressent désormais plus haut que tous les buildings de la City. Apothéose, la Chrysler Tower s’embrase de milles feux avant de disparaître dans une éblouissante explosion qui illumine le ciel de mille constellations !

La nuit va être douce, je rentre me coucher… Je n’ai strictement rien fait de la journée. Pourtant, tout me semblait être possible aujourd’hui.

Publicités

Les commentaires sont fermés.

Qu’est-ce que ceci ?

Vous lisez actuellement Tout va être possible. à JETER L'ENCRE.

Méta