King Kong, ou De l’humanité.

7 septembre 2010 Commentaires fermés sur King Kong, ou De l’humanité.

Du haut de la Tour Eiffel, je hurle la rage qui me ronge et démantèle hargneusement le symbole de la Ville Lumière. Des pièces de métal s’écrasent sur le parvis en contrebas. J’arrache le drapeau et sépare d’un coup de dent le rouge du bleu et blanc. Je hurle plus fort encore et frappe la plateforme du premier étage d’un coup de patte arrière, l’arrachant à ses piliers. Elle plie sous mon poids et les touristes glissent jusqu’à heurter la balustrade s’ils ne sont pas projetés dans le vide par la violence du choc.

Je suis accablé de tristesse et tellement meurtri que je ne me contrôle plus. Je saisis le dernier étage et tord le cou à cette dame froide dont la sourde lamentation recouvre ma plainte lancinante. Au dessus du Palais de Chaillot, un nuage d’avions de chasse me prend pour cible. Il verrouille puis tire. Les missiles sifflent dans le ciel avant de venir m’arracher des bouts de chair en explosant dans une brume rose qui retombe en pluie sur les troupes à terre.

Ma douleur physique n’égale pas celle qui déchire mon esprit mais je lâche prise et tombe de plusieurs mètres. Ma tête frappe lourdement un pâté d’immeubles avoisinant dans un terrible fracas. Une larme se forme au coin de mon oeil et coule sur ma tempe recouverte de poussière. L’alarme d’alerte à la population retentit désormais dans tout Paris. Je suis seul !

Je me relève dans un dernier effort et me précipite sur les chars d’assaut stationnés sur le Champs de Mars, quand la défense aérienne revient à la charge. Une nouvelle rafale me fait vaciller mais je ne chois pas. Je suis si enragé que je ne ressens plus rien ! C’est seulement à la vue de mes plaies béantes que je réalise que c’est terminé. Cette fois je pleure à chaudes larmes dans un rugissement d’amertume. Je lève alors les yeux comme pour prendre le ciel à témoin et m’écroule à genoux en face du Mur pour la Paix. L’armée se réorganise derrière moi pour me porter le coup de grâce.

‘Qu’est-ce que tu es ?’, crache un mégaphone.

‘Je suis la plus belle chose qui n’ait jamais existé dans l’univers. Je suis un homme. Un homme qui inspire à l’homme ce qu’il est, lui rend ce qui lui appartient, qu’il a perdu ou oublié. Je lui rappelle de quoi il est fait et pourquoi il est. Je suis un homme qui pose des mots sur les sentiments humains, qui les décrit pour que chaque homme se retrouve et se rassemble. Des mots justes sur ce que l’homme à besoin d’entendre pour s’accomplir et se comprendre.

Je suis un homme fait de chair et de rêves qui n’a point peur de vivre. Je suis un homme qui parle à tous comme il se parle à lui-même. Dans un langage commun et universel qu’il a su extérioriser et user avec les siens. Je suis un homme qui veut ouvrir les yeux de ceux qui ne savent pas combien nous sommes voisins, un homme qui veut faire rencontrer le monde.

L’homme cherche à savoir d’où il vient et où il va sans savoir qui il est. Croyant être dans une société dont l’homme est au cœur, il se conforme aux structures et codes allant jusqu’à se nourrir de ce modèle pour se réaliser soi-même. L’origine sociale fait alors un diplôme, qui fait un poste, le poste fait une situation, et la situation finit par faire sa condition. Or être un homme c’est bien autre chose. Tout est déjà en vous et forme un tout. Mais vous ne connaissez qu’une fraction de ce que vous êtes, et n’en partagez pas plus d’une infime portion.

Vous auriez pu évoluer différemment et ne faire qu’un dans cette diversité. Pas celle des langues et des États mais celle d’êtres singuliers au sein d’une espèce unique. C’est ainsi que vous êtes faits.

Vous passez à coté de vous-même et de tant d’autres… J’ai échoué à vous le montrer, j’ai tant de regrets…’

Publicités

Les commentaires sont fermés.

Qu’est-ce que ceci ?

Vous lisez actuellement King Kong, ou De l’humanité. à JETER L'ENCRE.

Méta