The Poet’s Act

7 avril 2012 § Poster un commentaire

Écrire. Je veux écrire sur tout. Sur les feuilles qui frémissent sous le vent, sur le vent qui lèvent nos regards vers le ciel. Je veux écrire sur pourquoi j’écris, sur ce qu’il adviendra de ces mots dont je me sers pour capturer les pensées qui fusent dans mon esprit. Ces mots qui nous nourrissent et nous inspirent à nouveau d’autres pensées.

Poser des mots sur tout ce qui nous entoure et nous touche. C’est reconstituer le puzzle de ce que je suis, de ce que nous sommes, de ce qui fait l’homme. C’est appartenir et posséder, être et demeurer.

Je veux écrire sur les autres, sur ce qui les fait vibrer, sur ce qui les affecte. Je veux écrire sur les émotions enfouies, celles d’instants éphémères mais ordinaires. Je veux écrire sur le couple qui se regarde mais ne se comprend plus, sur le désir d’une femme de porter un enfant quand elle voit celui d’une autre, sur le pincement du célibataire qui croise le chemin d’amants enlacés. Je veux écrire sur le bonheur d’une mariée, la fierté d’un père, l’impuissance d’un malade, la douleur d’une mère qui perd un enfant, la solitude des uns, la détresse des autres, la bonté d’une femme, la folie d’un homme.

Ou devrais-je peut-être commencer par le récit de mon échec. Celui qui sera de n’avoir pu tout décrire. Parce que la vie ne cessera de me surprendre, plus vite qu’elle ne me fera comprendre. Mais je la poursuivrai, je la harcèlerai de mes questions, l’assènerai de mes mots. Elle m’inspire et m’obsède pour que je la charme et la traque. Je cours derrière elle comme un pantin qui s’agite sous les fils de son marionnettiste.

Mais elle me dit aussi d’être un guide, et d’entrainer dans ma course folle toutes celles et ceux qui m’entoureront. Elle me dit de tendre les bras et d’ouvrir les mains en toutes circonstances. Et moi je me dis qu’il y a tant de personnes… Je me demande à qui donner. Qui accompagner ?

Je peux donner à ce gars qui ne sait pas ce qu’il vaut et ce dont il est capable, je peux montrer à cette mère tout l’amour que je lui porte au-delà des mots et des gestes, je peux parler à cet homme aux convictions balayées et lui dire que seules les valeurs comptent, je peux parler à cette fille aux idéaux chahutés et lui dire qu’un jour ils changeront le monde, je peux parler à ce jeune qui pense en avoir finit avec la vie parce qu’il ne peux plus faire avec, je peux consoler un mari faisant face à la maladie. Je peux dire à cet employé que les frictions valent mieux que les frustrations. Je peux parler à ce garçon seul au fond de la cour, lui dire que s’il ne se sent pas à sa place c’est seulement parce qu’il voit les choses différemment, qu’il ne doit pas disparaitre mais s’intégrer pour partager sa vision.

Je veux dire à tous ceux qui ont besoin de se sentir à nouveau exister en créant l’émotion, en attirant l’attention, je veux dire à ceux-là que je les comprends et que même en prise avec la plus aliénante des vies, il y a un moyen de se reconnecter avec l’humain. Le regard. Pas celui que l’on porte sur les gens au quotidien et qui ne les identifie plus que comme des masses en mouvement qu’il faut éviter poliment. Non, le vrai regard, celui qui s’allumerait si demain je te bousculais exprès, si j’allais chercher ta main dans le métro bondé, si je te volais un baiser ou encore si je t’enlaçais. Le regard qui rétablit une connexion, qui suspend dans le vide de la solitude un pont entre deux humanités. D’aussi loin que l’on porte son regard, on considère l’autre. Le regard est une ancre que l’on largue dans l’espoir qu’elle accroche quelque chose, qu’elle touche quelqu’un. Mais il peut se passer des jours et des semaines sans que l’on établisse de vrais contacts. L’ancre glisse sans fin sur le fond et l’on ne s’amarre jamais pour se ravitailler en humanité. On dérive alors sans repères ou bien l’on sombre avec pour seule émotion, la stupeur face à la noirceur des bas-fonds.

Pour autant, il peut être parfois délicat d’ôter ce filtre apposé à notre regard, de se soustraire à ce qu’il instaure ; la conscience différée d’une vie trop intense pour la subir constamment, trop complexe pour l’appréhender telle qu’elle est réellement, trop absurde pour l’accepter telle que nous la vivons à présent. Ainsi la vie nous est rendue plus digeste par la censure d’émotions et le floutage d’instants, mais les visages sont alors moins présents, les regards moins pénétrants. 

À nous d’apprendre à raviver ce regard, pour ne plus dire simplement avec les mots mais avec les yeux que tout ira bien, que l’on sera là pour lui, pour elle, pour eux. Pour lui dire « Vas-y, tu peux le faire« . Lui dire « Je suis là, ne t’en fais pas« . Lui dire « Quoiqu’il arrive, rappelle-toi« . Lui dire « Saute, n’aie pas peur« . « Grimpe sur mes épaules« , « Prends ma main« , « Ouvre les yeux« , « Regarde-moi« , « Pleure« , « Avance« , « Merci« , « Je t’aime« , « Tu es belle !« .

J’aspire à une prise de conscience collective motrice d’une envie d’agir. Mais le temps m’est compté pour exécuter un projet dont ni le cadre ni le champs ne sont à ma portée. Je ne suis pas préparé… Et s’il ne devait jamais y avoir de conscience collective, alors je partirai déçu. Déçu de ne pas avoir pu, de ne pas avoir su. Créer plus de liens, ouvrir plus d’yeux, aider plus d’Hommes, changer plus de choses.

Être là pour tous. Tout ressentir. Et puis tout écrire.

C’est le programme de ma vie. Une ambition tenue secrète jusqu’alors pour ne pas paraître impudique, un rêve sans doute partagé mais qui ne se partage pas. Je vous répèterai donc que je rêve de hautes fonctions, d’une belle maison et à d’autres, simplement d’amour et de bonheur. Mais alors vous saurez.

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