Rester

24 décembre 2012 § Poster un commentaire

Elle me regarde, se trompe de prénom, rigole, se reprend, trébuche sur un mot, et part dans un fou rire. Je souris, mais à l’intérieur de moi, mon cœur se crève, et déverse son sang dans tout mon corps. Et juste avant qu’il ne s’écoule de mes yeux, je fonds sur elle et la serre très fort.

« N’importe quoi toi, hein ? Tu dis n’importe quoi ma mamounette ! « .

Maman où vas-tu ? Tu es jeune, encore pleine d’énergie et pourtant, tu te détaches du monde qui t’entoure et t’éloignes de nous.

Il nous reste ta tendresse, ton toucher, ta fragilité. Mais tes mots, tes pensées, ton regard se perdent. Nous sommes là pour les rattraper mais en vain, c’est nous-même que nous rattrapons, car là où tu nous entraines la pente est rude et glissante. À chaque pas que tu fais vers l’inconnu, on s’adapte, on cherche des solutions, on glisse, on se rattrape… On pense trouver un équilibre, mais tu fais un autre pas. Et puis un autre. Et l’on se retrouve à former une chaine humaine pour rester au plus près de toi. Mais comment rester auprès de quelqu’un qui s’en va inexorablement ? Comment savoir jusqu’où rester sans craindre de basculer ? La vie est ainsi faite m’a-t-on dit, certains partent, d’autres restent. Mais de qui parle-t-on au juste ? Je ne suis pas de ceux qui partent dans l’adversité, mais je ne suis pas de ceux qui restent dans la fatalité.

Je sais bien que tu n’y peux rien. Je me convaincs que nous n’y sommes pour rien. Mais comment se convaincre que nous ne pouvons rien ?

Tu es de plus en plus belle, tu sais ? Papa le dit souvent, tu sembles rajeunir.

J’ai parfois envie de quitter le travail et venir te rejoindre pour profiter. Profiter du temps, profiter des heures, et les compter avec toi. Te les rappeler et te les chanter. Mais tu sais que je dois continuer à avancer. Alors on se relaie. On se donne du souffle, on se fait aider et on continue de vivre.

Je ne suis pas toujours là mais je t’aime maman. Je t’aime profondèment. Personne ne pourra m’ôter cette peine, mais rien ni personne ne m’enlèvera non plus ni l’amour ni les valeurs que tu m’as transmis.

Je suis un homme maintenant tu sais. Un homme qui a appris à pleurer depuis qu’il sait encaisser. Et j’encaisse maman ! Je suis fort !

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The Poet’s Act

7 avril 2012 § Poster un commentaire

Écrire. Je veux écrire sur tout. Sur les feuilles qui frémissent sous le vent, sur le vent qui lèvent nos regards vers le ciel. Je veux écrire sur pourquoi j’écris, sur ce qu’il adviendra de ces mots dont je me sers pour capturer les pensées qui fusent dans mon esprit. Ces mots qui nous nourrissent et nous inspirent à nouveau d’autres pensées.

Poser des mots sur tout ce qui nous entoure et nous touche. C’est reconstituer le puzzle de ce que je suis, de ce que nous sommes, de ce qui fait l’homme. C’est appartenir et posséder, être et demeurer.

Je veux écrire sur les autres, sur ce qui les fait vibrer, sur ce qui les affecte. Je veux écrire sur les émotions enfouies, celles d’instants éphémères mais ordinaires. Je veux écrire sur le couple qui se regarde mais ne se comprend plus, sur le désir d’une femme de porter un enfant quand elle voit celui d’une autre, sur le pincement du célibataire qui croise le chemin d’amants enlacés. Je veux écrire sur le bonheur d’une mariée, la fierté d’un père, l’impuissance d’un malade, la douleur d’une mère qui perd un enfant, la solitude des uns, la détresse des autres, la bonté d’une femme, la folie d’un homme.

Ou devrais-je peut-être commencer par le récit de mon échec. Celui qui sera de n’avoir pu tout décrire. Parce que la vie ne cessera de me surprendre, plus vite qu’elle ne me fera comprendre. Mais je la poursuivrai, je la harcèlerai de mes questions, l’assènerai de mes mots. Elle m’inspire et m’obsède pour que je la charme et la traque. Je cours derrière elle comme un pantin qui s’agite sous les fils de son marionnettiste.

Mais elle me dit aussi d’être un guide, et d’entrainer dans ma course folle toutes celles et ceux qui m’entoureront. Elle me dit de tendre les bras et d’ouvrir les mains en toutes circonstances. Et moi je me dis qu’il y a tant de personnes… Je me demande à qui donner. Qui accompagner ?

Je peux donner à ce gars qui ne sait pas ce qu’il vaut et ce dont il est capable, je peux montrer à cette mère tout l’amour que je lui porte au-delà des mots et des gestes, je peux parler à cet homme aux convictions balayées et lui dire que seules les valeurs comptent, je peux parler à cette fille aux idéaux chahutés et lui dire qu’un jour ils changeront le monde, je peux parler à ce jeune qui pense en avoir finit avec la vie parce qu’il ne peux plus faire avec, je peux consoler un mari faisant face à la maladie. Je peux dire à cet employé que les frictions valent mieux que les frustrations. Je peux parler à ce garçon seul au fond de la cour, lui dire que s’il ne se sent pas à sa place c’est seulement parce qu’il voit les choses différemment, qu’il ne doit pas disparaitre mais s’intégrer pour partager sa vision.

Je veux dire à tous ceux qui ont besoin de se sentir à nouveau exister en créant l’émotion, en attirant l’attention, je veux dire à ceux-là que je les comprends et que même en prise avec la plus aliénante des vies, il y a un moyen de se reconnecter avec l’humain. Le regard. Pas celui que l’on porte sur les gens au quotidien et qui ne les identifie plus que comme des masses en mouvement qu’il faut éviter poliment. Non, le vrai regard, celui qui s’allumerait si demain je te bousculais exprès, si j’allais chercher ta main dans le métro bondé, si je te volais un baiser ou encore si je t’enlaçais. Le regard qui rétablit une connexion, qui suspend dans le vide de la solitude un pont entre deux humanités. D’aussi loin que l’on porte son regard, on considère l’autre. Le regard est une ancre que l’on largue dans l’espoir qu’elle accroche quelque chose, qu’elle touche quelqu’un. Mais il peut se passer des jours et des semaines sans que l’on établisse de vrais contacts. L’ancre glisse sans fin sur le fond et l’on ne s’amarre jamais pour se ravitailler en humanité. On dérive alors sans repères ou bien l’on sombre avec pour seule émotion, la stupeur face à la noirceur des bas-fonds.

Pour autant, il peut être parfois délicat d’ôter ce filtre apposé à notre regard, de se soustraire à ce qu’il instaure ; la conscience différée d’une vie trop intense pour la subir constamment, trop complexe pour l’appréhender telle qu’elle est réellement, trop absurde pour l’accepter telle que nous la vivons à présent. Ainsi la vie nous est rendue plus digeste par la censure d’émotions et le floutage d’instants, mais les visages sont alors moins présents, les regards moins pénétrants. 

À nous d’apprendre à raviver ce regard, pour ne plus dire simplement avec les mots mais avec les yeux que tout ira bien, que l’on sera là pour lui, pour elle, pour eux. Pour lui dire « Vas-y, tu peux le faire« . Lui dire « Je suis là, ne t’en fais pas« . Lui dire « Quoiqu’il arrive, rappelle-toi« . Lui dire « Saute, n’aie pas peur« . « Grimpe sur mes épaules« , « Prends ma main« , « Ouvre les yeux« , « Regarde-moi« , « Pleure« , « Avance« , « Merci« , « Je t’aime« , « Tu es belle !« .

J’aspire à une prise de conscience collective motrice d’une envie d’agir. Mais le temps m’est compté pour exécuter un projet dont ni le cadre ni le champs ne sont à ma portée. Je ne suis pas préparé… Et s’il ne devait jamais y avoir de conscience collective, alors je partirai déçu. Déçu de ne pas avoir pu, de ne pas avoir su. Créer plus de liens, ouvrir plus d’yeux, aider plus d’Hommes, changer plus de choses.

Être là pour tous. Tout ressentir. Et puis tout écrire.

C’est le programme de ma vie. Une ambition tenue secrète jusqu’alors pour ne pas paraître impudique, un rêve sans doute partagé mais qui ne se partage pas. Je vous répèterai donc que je rêve de hautes fonctions, d’une belle maison et à d’autres, simplement d’amour et de bonheur. Mais alors vous saurez.

Post’liminaires

30 janvier 2012 § Poster un commentaire

Nous ferons l’amour plusieurs fois ce soir-là.

On se retrouvera sur le dos pour reprendre nos esprits et contempler le plafond. Je laisserai sans doute échapper un petit rire. Tu me demanderas encore essoufflée « qu’est ce qu’il y a ? ». Je te répondrai qu’il n’y a rien, avant de me reprendre avec un « je suis bien », et de compléter par un « …avec toi ». Tu retourneras ta tête alors vers moi pour me sourire.

Je basculerai ensuite sur le flanc pour te regarder, accoudé, ma tête dans la main. De l’autre, je dégagerai ton front de tes cheveux collés et t’y déposerai un baiser. Un autre sur la tempe, et un autre au coin de tes lèvres. Je t’embrasserai ensuite dans le cou… D’où mon doigt partira en expédition pour parcourir ton corps. Il glissera de ton décolleté jusqu’à la naissance de tes seins, d’où il se jettera chassé par mes lèvres. Il contournera leur galbe pour reprendre sa route vers ton nombril, où là encore sa halte timide se verra écourter par l’ombre de ma bouche planant au-dessous de tes courbes.

Les autres doigts de ma main le retrouveront enfin pour plonger ensemble sous l’une de tes fesses puis remonter ensuite le long ta cuisse. Et je t’embrasserai à nouveau. Bouches collées, nous roulerons sur le matelas jusqu’à ce que tu te retrouves sur moi. J’attraperai alors la couette pour la remonter jusqu’à tes frêles épaules pendant que tu caleras avec soin le coussin derrière ma tête.

Nous serons bien… Nous l’avons fait mille fois.

Mais comment t’appelleras-tu ce soir-là ?

Apprends. Accepte. Et avance.

30 janvier 2011 Commentaires fermés sur Apprends. Accepte. Et avance.

Un pas après l’autre.
Un pas après l’autre.

J’apprends.

Sur moi, sur les hommes, sur la vie.

Avec un certain détachement, j’observe et j’apprends. Parfois dérouté, dégouté, horrifié, j’accepte et j’apprends. J’accepte par dépit, par lâcheté, par obligation. J’apprends sans comprendre, sans vouloir, sans pouvoir.

Un pas après l’autre.

J’avance et j’apprends les codes. Les codes d’une vie sociale acceptable, d’une insertion professionnelle convenable. J’avance pour une crédibilité, une légitimité. De parole, d’opinion, de pensée. Une crédibilité d’homme, d’être en somme.

J’avance mais ne perçois ni fins ni bon sens mais bon, j’avance. Ou je m’arrête et l’on me lance « avance ».

Alors, j’avance.
J’avance.
J’avance.

Et pendant ce temps, je vois, bois, pleure et me noie.

Je vois ces hommes qui avancent, et s’emboitent le pas. Un pas après l’autre, des pas d’apôtres. Sur un même trottoir, dans un même bar. Je bois leurs paroles et de tous leurs alcools, que le soir venu je pleure sur le sol.

Mais parfois je me noie, d’avoir trop bu, d’avoir trop vu.

Alors les yeux fermés, je vois mes idéaux changer le monde et mener la danse de ceux qui avancent.

D’un pas après l’autre, à un pas vers l’autre.

King Kong, ou De l’humanité.

7 septembre 2010 Commentaires fermés sur King Kong, ou De l’humanité.

Du haut de la Tour Eiffel, je hurle la rage qui me ronge et démantèle hargneusement le symbole de la Ville Lumière. Des pièces de métal s’écrasent sur le parvis en contrebas. J’arrache le drapeau et sépare d’un coup de dent le rouge du bleu et blanc. Je hurle plus fort encore et frappe la plateforme du premier étage d’un coup de patte arrière, l’arrachant à ses piliers. Elle plie sous mon poids et les touristes glissent jusqu’à heurter la balustrade s’ils ne sont pas projetés dans le vide par la violence du choc.

Je suis accablé de tristesse et tellement meurtri que je ne me contrôle plus. Je saisis le dernier étage et tord le cou à cette dame froide dont la sourde lamentation recouvre ma plainte lancinante. Au dessus du Palais de Chaillot, un nuage d’avions de chasse me prend pour cible. Il verrouille puis tire. Les missiles sifflent dans le ciel avant de venir m’arracher des bouts de chair en explosant dans une brume rose qui retombe en pluie sur les troupes à terre.

Ma douleur physique n’égale pas celle qui déchire mon esprit mais je lâche prise et tombe de plusieurs mètres. Ma tête frappe lourdement un pâté d’immeubles avoisinant dans un terrible fracas. Une larme se forme au coin de mon oeil et coule sur ma tempe recouverte de poussière. L’alarme d’alerte à la population retentit désormais dans tout Paris. Je suis seul !

Je me relève dans un dernier effort et me précipite sur les chars d’assaut stationnés sur le Champs de Mars, quand la défense aérienne revient à la charge. Une nouvelle rafale me fait vaciller mais je ne chois pas. Je suis si enragé que je ne ressens plus rien ! C’est seulement à la vue de mes plaies béantes que je réalise que c’est terminé. Cette fois je pleure à chaudes larmes dans un rugissement d’amertume. Je lève alors les yeux comme pour prendre le ciel à témoin et m’écroule à genoux en face du Mur pour la Paix. L’armée se réorganise derrière moi pour me porter le coup de grâce.

‘Qu’est-ce que tu es ?’, crache un mégaphone.

‘Je suis la plus belle chose qui n’ait jamais existé dans l’univers. Je suis un homme. Un homme qui inspire à l’homme ce qu’il est, lui rend ce qui lui appartient, qu’il a perdu ou oublié. Je lui rappelle de quoi il est fait et pourquoi il est. Je suis un homme qui pose des mots sur les sentiments humains, qui les décrit pour que chaque homme se retrouve et se rassemble. Des mots justes sur ce que l’homme à besoin d’entendre pour s’accomplir et se comprendre.

Je suis un homme fait de chair et de rêves qui n’a point peur de vivre. Je suis un homme qui parle à tous comme il se parle à lui-même. Dans un langage commun et universel qu’il a su extérioriser et user avec les siens. Je suis un homme qui veut ouvrir les yeux de ceux qui ne savent pas combien nous sommes voisins, un homme qui veut faire rencontrer le monde.

L’homme cherche à savoir d’où il vient et où il va sans savoir qui il est. Croyant être dans une société dont l’homme est au cœur, il se conforme aux structures et codes allant jusqu’à se nourrir de ce modèle pour se réaliser soi-même. L’origine sociale fait alors un diplôme, qui fait un poste, le poste fait une situation, et la situation finit par faire sa condition. Or être un homme c’est bien autre chose. Tout est déjà en vous et forme un tout. Mais vous ne connaissez qu’une fraction de ce que vous êtes, et n’en partagez pas plus d’une infime portion.

Vous auriez pu évoluer différemment et ne faire qu’un dans cette diversité. Pas celle des langues et des États mais celle d’êtres singuliers au sein d’une espèce unique. C’est ainsi que vous êtes faits.

Vous passez à coté de vous-même et de tant d’autres… J’ai échoué à vous le montrer, j’ai tant de regrets…’

Tout va être possible.

7 mai 2010 Commentaires fermés sur Tout va être possible.

Ce matin-là au lever du lit, je me dirige vers le balcon et m’élève de quelques centimètres au-dessus du sol. La journée va être belle, je m’étire de tout mon long en flottant paisiblement. La fenêtre s’entre-ouvre et mon corps bascule par-dessus la balustrade. Les toits de Paris s’offrent alors à moi dans toute la clarté d’un ciel bleu et dégagé. Mes habits de la nuit me quittent et ceux du jour les relayent, mes cheveux se structurent et mes chaussures se lacent. Je poursuis mon ascension le torse bombé, j’inspire à plein poumon l’air frais de ce mois de mai.

Enfin prêt ! J’entame ma descente vers la station de métro puis atterris avec une étrange légèreté… ‘Ma mallette !’.
‘Je l’ai’, me sourit-elle en me prenant par la main. Je ne connais cette femme ni d’Ève ni d’Adam, pourtant nous nous engageons ensemble dans la bouche de métro en échangeant regards complices et amoureux. Je l’embrasse avant de prendre la direction opposée mais ne peux détacher mes yeux ni de ses longues jambes hâlées ni de sa nuque sous ses cheveux relevés. La reverrais-je ?

Toutes les portes de la rame s’ouvrent simultanément, il en descend une marée humaine qui envahit le quai. Dans une parfaite synchronie, elle entame une danse effrénée sur le rythme de ‘Hung Up’ de Madonna donné par les haut-parleurs de la RATP ! En première ligne, je fait tombé la veste et reprend la chorégraphie du cuisinier asiatique de la seconde minute du clip avec une précision et une fluidité inattendue. Les voyageurs s’élancent des barres du métro jusque sur la plate-forme, d’autres sur le toit des wagons enchaînent contorsions et sauts des plus acrobatiques. Les colleurs d’affiches en bleu de travail entrent dans une rythmique endiablée du haut de leur échelle et les contrôleurs abandonnent la casquette et s’adonnent à un fougueux strip-tease !

Le rythme soudain freine et tous les corps se meuvent dans un ralenti rajoutant à la jouissance de la scène qui tourne à l’orgie. C’est toute la station qui vibre alors dans une atmosphère sensuelle des plus torrides. Et comme pour éteindre l’incendie qui couve, les détecteurs de fumée s’enclenchent et c’est sous une pluie battante que tout le monde reprend sur un nouvel élan les pas du refrain !

Les portes du métro sonnent… Je m’y retrouve sec et à nouveau en tenue sur une banquette. ‘Ma malette !’.
‘C’est moi qui l’ai’, me dit une petite fille en me tendant le porte-document .
Elle retourne aussitôt s’asseoir en face de moi esquissant un sourire des plus fiers. C’est là qu’une charmante demoiselle à mes côtés me glisse délicatement un écouteur dans mon oreille… ‘Toi mon Amour’ de Marc Lavoine. Elle pose sa tête sur mon épaule et nous passons le reste du trajet à regarder droit devant nous cette petite fille qui lui ressemble… qui nous ressemble !

A la sortie du métro, je traverse Trafalgar Square et croise un groupe de businessmen anglais chahuteur. Un homme plus en retrait, particulièrement bien habillé retient mon attention. Il porte à son tour ses yeux sur moi et s’arrête net. Sans un mot l’on s’échange trench et caban. ‘Good luck !’, me lancera-t-il avant de rejoindre sa bande en courant. Mon nouveau manteau dans le vent, je m’élève pour atteindre la fenêtre du dernier étage de mon appartement à Upper East Side. Je m’installe sur la terrasse pour assister à la tombée de la nuit sur Manhattan. Ça commence…

On peut entendre au loin les réservoirs d’eau en bois éclater les uns après les autres sur le toit des anciens entrepôts en briques de TriBeCa. Des cascades intarissables se déversent dans les grandes avenues amenant une étonnante profusion végétale. L’Empire State Building délaisse sa flèche en métal blanc pour un pic rocheux balayé par les vents. Quant au Plaza Hotel voisin, il amorce sa métamorphose en somptueux château dont les donjons se dressent désormais plus haut que tous les buildings de la City. Apothéose, la Chrysler Tower s’embrase de milles feux avant de disparaître dans une éblouissante explosion qui illumine le ciel de mille constellations !

La nuit va être douce, je rentre me coucher… Je n’ai strictement rien fait de la journée. Pourtant, tout me semblait être possible aujourd’hui.

nu et décousu

17 mars 2010 Commentaires fermés sur nu et décousu

totalement nu devant ma glace
je me dis un jour que je suis pas trop mal
un autre, un peu banal

et puis je me regarde comme un étranger
comme une bête à quatre pattes dont je ne reconnais plus la griffe
une tête au sommet d’un long corps incommode
deux bras ballants pour la remettre en place, deux jambes pour qu’elle se déplace
c’est presque marrant

un peu poilu, un peu musclé, un peu tout nu

mais aujourd’hui je me rapproche
encore
droit dans les yeux
qu’est ce que je veux ?

demain toujours nu
mais des bras enlaçant
pourquoi pas elle ?

cette nuit seul, mais toujours nu
qu’est ce qui ne va pas ?
où est-elle ?

dans le noir face au miroir, j’essaie de voir
ce qu’il adviendra de moi
de ce bout de chair un peu bizarre
un peu poilu
un peu tout nu

qu’est ce qui ne va pas ?
où te crois-tu ?

une nuit à trois
mais toujours nu

finalement seul
sorti de douche, un peu mouillé
je goutte sur mes pieds
22 ans
qu’attends-tu de moi ?
presque 23

et puis après ?
fini de te contempler ?
les doigts dans le nez
tu ne ressembles à rien
qu’à ce que tu fais

je me rapproche
un peu plus près
balaie mes cheveux
yeux dans les yeux

que veux-tu me dire ?
ou me faire dire ?

Où suis-je ?

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