Apprends. Accepte. Et avance.

30 janvier 2011 Commentaires fermés sur Apprends. Accepte. Et avance.

Un pas après l’autre.
Un pas après l’autre.

J’apprends.

Sur moi, sur les hommes, sur la vie.

Avec un certain détachement, j’observe et j’apprends. Parfois dérouté, dégouté, horrifié, j’accepte et j’apprends. J’accepte par dépit, par lâcheté, par obligation. J’apprends sans comprendre, sans vouloir, sans pouvoir.

Un pas après l’autre.

J’avance et j’apprends les codes. Les codes d’une vie sociale acceptable, d’une insertion professionnelle convenable. J’avance pour une crédibilité, une légitimité. De parole, d’opinion, de pensée. Une crédibilité d’homme, d’être en somme.

J’avance mais ne perçois ni fins ni bon sens mais bon, j’avance. Ou je m’arrête et l’on me lance « avance ».

Alors, j’avance.
J’avance.
J’avance.

Et pendant ce temps, je vois, bois, pleure et me noie.

Je vois ces hommes qui avancent, et s’emboitent le pas. Un pas après l’autre, des pas d’apôtres. Sur un même trottoir, dans un même bar. Je bois leurs paroles et de tous leurs alcools, que le soir venu je pleure sur le sol.

Mais parfois je me noie, d’avoir trop bu, d’avoir trop vu.

Alors les yeux fermés, je vois mes idéaux changer le monde et mener la danse de ceux qui avancent.

D’un pas après l’autre, à un pas vers l’autre.

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King Kong, ou De l’humanité.

7 septembre 2010 Commentaires fermés sur King Kong, ou De l’humanité.

Du haut de la Tour Eiffel, je hurle la rage qui me ronge et démantèle hargneusement le symbole de la Ville Lumière. Des pièces de métal s’écrasent sur le parvis en contrebas. J’arrache le drapeau et sépare d’un coup de dent le rouge du bleu et blanc. Je hurle plus fort encore et frappe la plateforme du premier étage d’un coup de patte arrière, l’arrachant à ses piliers. Elle plie sous mon poids et les touristes glissent jusqu’à heurter la balustrade s’ils ne sont pas projetés dans le vide par la violence du choc.

Je suis accablé de tristesse et tellement meurtri que je ne me contrôle plus. Je saisis le dernier étage et tord le cou à cette dame froide dont la sourde lamentation recouvre ma plainte lancinante. Au dessus du Palais de Chaillot, un nuage d’avions de chasse me prend pour cible. Il verrouille puis tire. Les missiles sifflent dans le ciel avant de venir m’arracher des bouts de chair en explosant dans une brume rose qui retombe en pluie sur les troupes à terre.

Ma douleur physique n’égale pas celle qui déchire mon esprit mais je lâche prise et tombe de plusieurs mètres. Ma tête frappe lourdement un pâté d’immeubles avoisinant dans un terrible fracas. Une larme se forme au coin de mon oeil et coule sur ma tempe recouverte de poussière. L’alarme d’alerte à la population retentit désormais dans tout Paris. Je suis seul !

Je me relève dans un dernier effort et me précipite sur les chars d’assaut stationnés sur le Champs de Mars, quand la défense aérienne revient à la charge. Une nouvelle rafale me fait vaciller mais je ne chois pas. Je suis si enragé que je ne ressens plus rien ! C’est seulement à la vue de mes plaies béantes que je réalise que c’est terminé. Cette fois je pleure à chaudes larmes dans un rugissement d’amertume. Je lève alors les yeux comme pour prendre le ciel à témoin et m’écroule à genoux en face du Mur pour la Paix. L’armée se réorganise derrière moi pour me porter le coup de grâce.

‘Qu’est-ce que tu es ?’, crache un mégaphone.

‘Je suis la plus belle chose qui n’ait jamais existé dans l’univers. Je suis un homme. Un homme qui inspire à l’homme ce qu’il est, lui rend ce qui lui appartient, qu’il a perdu ou oublié. Je lui rappelle de quoi il est fait et pourquoi il est. Je suis un homme qui pose des mots sur les sentiments humains, qui les décrit pour que chaque homme se retrouve et se rassemble. Des mots justes sur ce que l’homme à besoin d’entendre pour s’accomplir et se comprendre.

Je suis un homme fait de chair et de rêves qui n’a point peur de vivre. Je suis un homme qui parle à tous comme il se parle à lui-même. Dans un langage commun et universel qu’il a su extérioriser et user avec les siens. Je suis un homme qui veut ouvrir les yeux de ceux qui ne savent pas combien nous sommes voisins, un homme qui veut faire rencontrer le monde.

L’homme cherche à savoir d’où il vient et où il va sans savoir qui il est. Croyant être dans une société dont l’homme est au cœur, il se conforme aux structures et codes allant jusqu’à se nourrir de ce modèle pour se réaliser soi-même. L’origine sociale fait alors un diplôme, qui fait un poste, le poste fait une situation, et la situation finit par faire sa condition. Or être un homme c’est bien autre chose. Tout est déjà en vous et forme un tout. Mais vous ne connaissez qu’une fraction de ce que vous êtes, et n’en partagez pas plus d’une infime portion.

Vous auriez pu évoluer différemment et ne faire qu’un dans cette diversité. Pas celle des langues et des États mais celle d’êtres singuliers au sein d’une espèce unique. C’est ainsi que vous êtes faits.

Vous passez à coté de vous-même et de tant d’autres… J’ai échoué à vous le montrer, j’ai tant de regrets…’

Les roses de Musset

24 juillet 2010 Commentaires fermés sur Les roses de Musset

De mon piédestal au bord de l’Allée de la Comtesse de Ségur, je surplombe la plus vaste étendue de ce que l’on appelait autrefois la « Folie de Chartres ». Sanctuaire de verdure, le Parc Monceau fut dès son ouverture, un lieu de promenade prisé de la grande bourgeoisie du quartier. Cerné des plus beaux immeubles haussmanniens et hôtels particuliers du Second Empire, l’émeraude n’a rien perdu de son éclat dans son écrin d’ivoire.

Aux abords de la naumachie, le reflet dans l’eau des déjeuners sur l’herbe ravive les toiles des peintres impressionnistes. Redingotes et ombrelles, canotiers et complets trois-pièces ont disparu pour des tenues plus aériennes. Sa colonnade corinthienne à qui tant de secrets furent confiés, offre désormais un cadre d’exhibition olympique aux athlètes se pavanant en demi nu héroïque.

À l’arrière de massifs pittoresques embaumés, les échancrures de quelques parisiennes laissent dévoiler courbes et rondeurs prenant une tournure affriolante ainsi découvertes et perlées de sueur. Elles me renvoient aux formes voluptueuses des sculptures de marbre qui ponctuent et ornent les pelouses vallonnées du Parc.

Sous le buste de l’ami Maupassant, les flâneurs s’alanguissent sur les bancs et les amants s’entrelacent dans une moiteur fusionnant les corps et les fantasmes.

La lune d’août s’élève et bientôt le vent d’automne soufflera mes plaisirs d’un jour. “ J’ai fait serment de vivre et de mourir d’amour ”, à la première feuille qui tombe je m’abandonne.

Tout va être possible.

7 mai 2010 Commentaires fermés sur Tout va être possible.

Ce matin-là au lever du lit, je me dirige vers le balcon et m’élève de quelques centimètres au-dessus du sol. La journée va être belle, je m’étire de tout mon long en flottant paisiblement. La fenêtre s’entre-ouvre et mon corps bascule par-dessus la balustrade. Les toits de Paris s’offrent alors à moi dans toute la clarté d’un ciel bleu et dégagé. Mes habits de la nuit me quittent et ceux du jour les relayent, mes cheveux se structurent et mes chaussures se lacent. Je poursuis mon ascension le torse bombé, j’inspire à plein poumon l’air frais de ce mois de mai.

Enfin prêt ! J’entame ma descente vers la station de métro puis atterris avec une étrange légèreté… ‘Ma mallette !’.
‘Je l’ai’, me sourit-elle en me prenant par la main. Je ne connais cette femme ni d’Ève ni d’Adam, pourtant nous nous engageons ensemble dans la bouche de métro en échangeant regards complices et amoureux. Je l’embrasse avant de prendre la direction opposée mais ne peux détacher mes yeux ni de ses longues jambes hâlées ni de sa nuque sous ses cheveux relevés. La reverrais-je ?

Toutes les portes de la rame s’ouvrent simultanément, il en descend une marée humaine qui envahit le quai. Dans une parfaite synchronie, elle entame une danse effrénée sur le rythme de ‘Hung Up’ de Madonna donné par les haut-parleurs de la RATP ! En première ligne, je fait tombé la veste et reprend la chorégraphie du cuisinier asiatique de la seconde minute du clip avec une précision et une fluidité inattendue. Les voyageurs s’élancent des barres du métro jusque sur la plate-forme, d’autres sur le toit des wagons enchaînent contorsions et sauts des plus acrobatiques. Les colleurs d’affiches en bleu de travail entrent dans une rythmique endiablée du haut de leur échelle et les contrôleurs abandonnent la casquette et s’adonnent à un fougueux strip-tease !

Le rythme soudain freine et tous les corps se meuvent dans un ralenti rajoutant à la jouissance de la scène qui tourne à l’orgie. C’est toute la station qui vibre alors dans une atmosphère sensuelle des plus torrides. Et comme pour éteindre l’incendie qui couve, les détecteurs de fumée s’enclenchent et c’est sous une pluie battante que tout le monde reprend sur un nouvel élan les pas du refrain !

Les portes du métro sonnent… Je m’y retrouve sec et à nouveau en tenue sur une banquette. ‘Ma malette !’.
‘C’est moi qui l’ai’, me dit une petite fille en me tendant le porte-document .
Elle retourne aussitôt s’asseoir en face de moi esquissant un sourire des plus fiers. C’est là qu’une charmante demoiselle à mes côtés me glisse délicatement un écouteur dans mon oreille… ‘Toi mon Amour’ de Marc Lavoine. Elle pose sa tête sur mon épaule et nous passons le reste du trajet à regarder droit devant nous cette petite fille qui lui ressemble… qui nous ressemble !

A la sortie du métro, je traverse Trafalgar Square et croise un groupe de businessmen anglais chahuteur. Un homme plus en retrait, particulièrement bien habillé retient mon attention. Il porte à son tour ses yeux sur moi et s’arrête net. Sans un mot l’on s’échange trench et caban. ‘Good luck !’, me lancera-t-il avant de rejoindre sa bande en courant. Mon nouveau manteau dans le vent, je m’élève pour atteindre la fenêtre du dernier étage de mon appartement à Upper East Side. Je m’installe sur la terrasse pour assister à la tombée de la nuit sur Manhattan. Ça commence…

On peut entendre au loin les réservoirs d’eau en bois éclater les uns après les autres sur le toit des anciens entrepôts en briques de TriBeCa. Des cascades intarissables se déversent dans les grandes avenues amenant une étonnante profusion végétale. L’Empire State Building délaisse sa flèche en métal blanc pour un pic rocheux balayé par les vents. Quant au Plaza Hotel voisin, il amorce sa métamorphose en somptueux château dont les donjons se dressent désormais plus haut que tous les buildings de la City. Apothéose, la Chrysler Tower s’embrase de milles feux avant de disparaître dans une éblouissante explosion qui illumine le ciel de mille constellations !

La nuit va être douce, je rentre me coucher… Je n’ai strictement rien fait de la journée. Pourtant, tout me semblait être possible aujourd’hui.

nu et décousu

17 mars 2010 Commentaires fermés sur nu et décousu

totalement nu devant ma glace
je me dis un jour que je suis pas trop mal
un autre, un peu banal

et puis je me regarde comme un étranger
comme une bête à quatre pattes dont je ne reconnais plus la griffe
une tête au sommet d’un long corps incommode
deux bras ballants pour la remettre en place, deux jambes pour qu’elle se déplace
c’est presque marrant

un peu poilu, un peu musclé, un peu tout nu

mais aujourd’hui je me rapproche
encore
droit dans les yeux
qu’est ce que je veux ?

demain toujours nu
mais des bras enlaçant
pourquoi pas elle ?

cette nuit seul, mais toujours nu
qu’est ce qui ne va pas ?
où est-elle ?

dans le noir face au miroir, j’essaie de voir
ce qu’il adviendra de moi
de ce bout de chair un peu bizarre
un peu poilu
un peu tout nu

qu’est ce qui ne va pas ?
où te crois-tu ?

une nuit à trois
mais toujours nu

finalement seul
sorti de douche, un peu mouillé
je goutte sur mes pieds
22 ans
qu’attends-tu de moi ?
presque 23

et puis après ?
fini de te contempler ?
les doigts dans le nez
tu ne ressembles à rien
qu’à ce que tu fais

je me rapproche
un peu plus près
balaie mes cheveux
yeux dans les yeux

que veux-tu me dire ?
ou me faire dire ?

Voyage, je t’aime.

14 février 2010 Commentaires fermés sur Voyage, je t’aime.

Après avoir longé toutes les côtes du monde et foulé toutes les plages main dans la main je me demande.

Des abruptes falaises d’Écosse, aux plages blanches de Saint-Malo en passant par celles meurtrières de Khao Lak ou celles glacées de Vladivostok, quelle énergie pousse donc les vagues à effacer nos traces ?

Est-ce la même qui chasse notre amour des pelouses où l’on s’embrasse ?

Du Parc Monceau à Central Park, de l’Englischer Garten au Frognerparken, les brins d’herbe sous le vent battent la même mesure que les branches qui nous abritent du soleil pénétrant.

Un rythme oscillant qui me ramène aux chocs des sections de rail sous les roues de la rame d’un Oslo-Bergen, d’un Cambridge-Hunstanton ou d’un New York-East Hampton.

Un train d’ondes qui se jette en déferlantes dans l’océan, au large du Hordaland, de Norfolk et de Long Island.

Serait-ce le carillon de la Frauenkirche d’où nous surplombions Munich qui retentit dans cette cadence métronomique ?

Est-ce nous cognant le lit dans un va et vient final avant de nous dire adieux à Orly-terminal 2 ?

Ou bien est-ce le métro qui déverse avec tempo ses passagers dans ce couloir bondé de Châtelet où nous nous sommes enlacés ?

Entends-tu toi aussi ces battements ?

Des feux de signalisation qui clignotent à Manhattan, aux feux d’artifice qui scintillent dans la Berlinale.

Surprenantes et incessantes.

Toutes ces vibrations résonnent en nous, et nous renvoient cette énergie qui fait sonner nos cœurs à l’unisson et nous animent dans un élan d’évasion.

Ainsi les vagues, le vent, les villes de nos voyages ne seraient rien sans notre amour battant la chamade.

Et ça ne s’arrêtera pas, non mon cœur n’arrêtera pas de battre pour toi.

Tu peux compter sur moi, tu peux compter ses pulsations, elles te retiendront tant que nous voyagerons.

Quitter Paris !

31 janvier 2010 Commentaires fermés sur Quitter Paris !

Le ciel peut être uniformément bleu ou gris, il ne laisse rien présager d’inattendu.
Une journée à se plonger dans l’obscurité de sa piaule ou dans la clarté d’un parc, peu importe il ne se passera rien aujourd’hui. Les rues du quartier sont vides, les voitures ont disparu. Décor d’un Paris au temps suspendu, les feuilles se figent sur une toile bleue ou grise en attendant que la vie ou le vent les ravivent. On croit le temps arrêté pourtant il continue de filer, on le perd mais on espère, qu’au jugement venu il nous sera rendu.

Le bruit de fond des week-ends sereins, haut dans le ciel, sourd et lointain. Un grondement des cieux qui plonge et insuffle vie pour mille lieux. Il faut éteindre son ordinateur et ouvrir la fenêtre pour l’entendre. Ce souffle haletant, résonnant au-dessus des amants errants. Amplifié par temps nuageux, une sonorité grave qui ondule pesamment, une plus aiguë, presque un sifflement.

Des moteurs… Un avion.
Il file dans le ciel cloîtré d’une cour d’immeuble, n’ayant que faire des amours brisées, des âmes esseulées, des arbres effeuillés. Quelle lâcheté de voler, quel rêve de s’envoler ! Un départ, une arrivée. Une journée importante et bien plus excitante que celles qui me hantent. J’aimerais être du voyage, je pourrais aller m’asseoir à côté de cet homme, entre le hublot et les colonnes du très parisien Herald Tribune.

‘Un gin tonic, s’il vous plaît.’

De quoi noyer le spleen nostalgique d’une ville hémiplégique. Je me réveille un peu vaseux, un peu décalé, comme d’un somme n’ayant autre but que de semer les heures qui me rebutent. Je m’assoupis à nouveau quand Mr. Herald me tire pour de bon :

‘Sir, we’ve now arrived.’

Un coup d’œil par l’ouverture et je reconnais ses devantures. Scintillant des mille flammes qui la consume dans l’Hudson, elle s’étale par ses artères fières et prospères. Ça grouille, ça pulse, ça klaxonne, ça bouillonne ! Mon cœur est dans un état, cet État se nomme New York !

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